L’Estonie : un petit pays aux grandes ambitions
- Isaure VL

- May 29, 2019
- 4 min read
Updated: May 31, 2019
Le 28 janvier dernier, j’ai atterri à l’aéroport Lennart Meri de Tallinn en Estonie. Lorsque j’ai foulé le sol de ce petit pays d’un peu plus d’1,3 millions d’habitants et d’une superficie de 45000 km2, je ne pouvais m’imaginer à quel point j’allais être surprise jour après jour par son histoire, sa culture et ses ambitions. Si vous souhaitez avoir un aperçu des évènements qui ont façonné ce petit pays aujourd’hui précurseur dans bien des domaines, cet article est fait pour vous !
Une des choses qui m’a le plus surprise en arrivant en Estonie a été la difficulté à échanger avec les locaux. La prise de contact n’est pas toujours facile mais on se rend compte petit à petit que les Estoniens sont des gens très gentils et attentionnés. Un jour un estonien m’a dit : « ici on ne parle que si on a quelque chose à dire », cette phrase reliée au contexte historique du pays m’a fait comprendre pourquoi les habitants de ce pays paraissent dans un premier temps distants et fermés.
Dans son histoire moderne, l’Estonie a énormément souffert et son passé douloureux se ressent encore aujourd’hui dans la culture. En effet, dans son histoire moderne, l’Estonie a été occupée par les allemands jusqu’en novembre 1918, et, c’est immédiatement après que les bolchéviques ont entrepris de reconquérir le territoire. La guerre d’indépendance a duré deux ans et pris fin lors de la ratification du traité de Tartu le 2 février 1920. L’entre-deux guerres a été très difficile sur le plan économique et les effets de la crise se sont fait sentir tout au long des années 1930. Afin de se protéger, l’Estonie a signé un pacte de non-agression avec l’Allemagne et s’est déclarée neutre avec les autres pays baltiques en 1938. Quelques jours après l’attaque de la Pologne par l’Allemagne en 1939, l’URSS a pénétré en Estonie pour y établir des bases militaires. Le 17 juin 1940, profitant de l’attention mondiale portée sur la France, l’URSS envoie 90 000 hommes pour prendre possession du territoire Estonien (l’armée Estonienne en comptait 15 000 à l’époque). Durant un an, le pays a été en proie à la barbarie et des dizaines de milliers de personnes ont été déportées ou exécutées. Le 22 juin 1941, l’Allemagne attaque l’URSS et l’Estonie est entièrement conquise fin octobre. L’occupation allemande a donné lieu à des massacres ainsi qu’à des déportations et certains estoniens ont collaboré essentiellement par anticommunisme. Quelques estoniens ont même combattu sous les couleurs allemandes en 1944 afin de repousser les assaults de l’Armée Rouge. Cette dernière, est parvenue à reconquérir l’Estonie entre juillet et novembre 1944, ce qui entraîna l’exil de 8000 estoniens. Au total, du fait de la 2nd guerre mondiale, l’Estonie a perdu 20% de sa population mais, contrairement aux pays d’Europe occidentale, la fin du conflit mondial marque le début de la plus douloureuse période de son histoire.

Sous l’occupation soviétique, entre 1944 et 1949, 9% de la population estonienne soit 75000 personnes ont été arrêtées et plus d’un tiers ont été fusillés ou sont morts en déportation. Une résistance massive s’est alors organisée dans la campagne, les « frères de la forêt » comme on les appelle résistent mais ne sont pas suffisamment puissants pour libérer le pays. En mars 1949, près de 22000 estoniens ont été déportés en seulement 5 jours. La guérilla s’est arrêtée à la fin des années 1950 et l’opposition s’est organisée par quelques actes de désobéissance. L’économie s’est progressivement industrialisée avec des chiffres de croissance très importants (+36% par an entre 1946 et 1950), la collectivisation des terres s’est amorcée en 1948 mais malgré cela, le niveau de vie même en ville demeurait très bas et l’écart avec la Finlande s’est peu à peu creusé dans les années 1970 (alors que les deux pays étaient au même niveau en 1940). La circulation des estoniens dans le pays était très contrôlée et le marché du travail encadré. Étant donné la capacité de résistance de l’Estonie, il y a eu une réelle volonté de vider le pays de sa population. De nombreux russophones sont venus s’installer dans le pays et, en 1980, les estoniens étaient en infériorité à Tallinn. Les estophones et les russophones vivaient côte à côte mais interagissaient peu.
En 1987 des protestations ont commencé à émerger et le pouvoir a alors réagi de manière modérée pour préserver son image auprès de l’occident. Début 1989, l’estonien est officiellement redevenu la seule langue officielle sur le territoire et, les nationalistes, ont élu par la suite un congrès estonien. En février 1990 l’entrée dans une période de transition pour la restauration de l’indépendance fût proclamée. Le coup d’état manqué à Moscou le 19 août 1991 a permis l’annonce du rétablissement de l’indépendance estonienne le 20 août.

La capacité de résilience des estoniens est surprenante et j’ai été fascinée de voir à quel point ce pays a été capable de faire des choix ambitieux qui portent aujourd’hui leurs fruits. En effet, dès la fin des années 1990, l’Estonie a fait le choix ambitieux d’investir dans les nouvelles technologies. La législation estonienne facilite le plus possible la création de start ups, et l’innovation technologique est encouragée de manière continue. Le pays est aujourd’hui considéré comme une référence en terme de gouvernance digitale (nous y reviendrons dans un prochain article). Les résidents estoniens possèdent une carte d’identité digitale comportant une puce qui permet à son détenteur de signer numériquement. Tous ces éléments donnent à ce petit pays un soft power incontestable qu’il continue de développer jour après jour en se projetant sur le long terme.
Bien que l’Estonie soit un petit pays très jeune avec une population de 1,3 millions d’habitants, elle est parvenue à étendre ses frontières virtuelles grâce au numérique et attire aujourd’hui des personnalités du monde entier curieuses de comprendre sa réussite fulgurante et prometteuse.












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